J 16 et puis les derniers, et puis il faut rentrer.

Dimanche matin, nous nous sommes levés, c’était un peu la fête, nous avions match de football américain. On se réjouit depuis le début du voyage, ça va être rigolo.
On embarque Natalie avec nous, ça sera son premier, foufou. Sauf que quand on arrive au stade (je m’étonnais de ne pas voir plus de voitures se rendant au parking) la dame éclate de rire, et nous dit : « The game was yesterday ». Ptain… à force d’organisation, je me suis emmêlée les pinceaux. Grosse grosse déception. Je m’en veux, Manu est triste, Natalie est bien embêtée. Je pense qu’en plus, la fatigue accumulée fait qu’on (nous, pas Natalie) ne gérons pas ça super trop bien. L’humeur est morose, je suis en plus agacée de ce budget parti en fumée, et d’avoir raté un super truc.
On va faire un tour à Long Beach car ce n’est pas loin. On fait un tour dans les boutiques vintages, même si c’est très rigolo, je dois bien avouer que l’ambiance est pas super. (Pardon encore, Natalie). On va voir ensuite le le port, on se balade, il fait beau, et sur les bords de mer, il y a de l’air, ça fait du bien. On découvre de loin le Queen Mary, qui fait penser au Titanic en plus flottant. La prochaine fois, j’aimerai bien le visiter, ça a l’air magnifique. Il semblerait qu’on puisse diner dessus, le louer pour des mariages et tout et tout.

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On rentre ensuite à la maison, et histoire de me changer les idées, je décide d’aller au cinéma. Toute seule pour la première fois de ma vie. Depuis qu’on est arrivé, j’ai bien envie de voir « The Meg », oui le film avec le super gros requin, parce que j’adore les requins, et que c’est aussi la taille qui compte, bref. Comme je n’ai pas le permis, je pars à pied, 1 mile et quelques, ça va.  C’est rigolo de découvrir le quartier à pied. Devant pas mal de maison, le traditionnel drapeau américain, devant d’autres, Dieu a visiblement mis des pancartes pour dire qu’il protégeait la famille qui réside là, c’est sympa. Les jardins sont bien ordonnés, proprets. Quand j’arrive vers un le coin des magasins, je découvre une boutique : « The cookie dough dreams ». C’est donc un magasin, où on peut acheter de la pâte à cookie crue pour manger dans un bol, avec une cuillère. Ça clignote de partout, c’est très joli, et malgré mon enthousiasme pour le gras, je dois bien dire que ça m’a l’air follement indigeste cette affaire.
Je trouve le cinoche (un peu soulagée, parce que je crois que je regarde beaucoup de polar/thriller, et les rues américaines ressemblent à celle où les serial killers font leur shopping). Je prends un billet, le monsieur a l’air de trouver ça aberrant que je n’ai pas de carte de fidélité ou de coupon, et me fait choisir ma place sur un écran (classe), puis je descends à l’étage de la bouffe avant d’entrer dans la salle Il y a un bar où on peut acheter des cocktails et des bières (classe), et un comptoir avec des barils de pop corn, et autres trucs frits. Je commande une boisson. On me tend un verre vide, la machine est un peu plus loin. Bon là, c’est pas glorieux, je reste devant comme choux fleur trépané. Je ne comprends rien à comment ça marche. Un monsieur qui m’a entendu faire répéter une phrase que je n’avais pas comprise avec un « I’m not from here » m’aide à faire marcher cette machine du diable. C’est très moderne, j’aime bien (classe). Je prends un thé glacé #funfact.

Je rentre dans la salle, je cherche mon numéro de place et là, quand même, je me dis : en France, on a rien compris. Mon fauteuil est gigantesque, en cuir, avec l’indispensable porte gobelet (claaassse). Je m’assoie. Y’a des boutons, j’appuie, je peux m’allonger complètement, comme les fauteuils moches de Joey et Chandler dans Friends. Je suis ULTRA BIEN INSTALLEE (la méga classe). Pubs et bandes annonces. Gros requin et punchline un peu nulles, mais c’était cool. Je regrette un peu de ne pas avoir pris de popcorn, mais les portions n’avaient aucun sens.
Je rentre à pied, les rues remontent, j’élimine le thé glacé et puis au lit.

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Le lendemain, c’est notre dernier jour, on met un peu de temps à démarrer la journée. On a du mal à choisir quoi faire, on part donc en voiture sans but, et j’ai une idée. Je donne des instructions mystères à Manu. Pas loin avant d’arriver, il devine où je voulais l’emmener, il avait regardé le chemin le matin. Disc Golf ! Sur internet, j’avais lu que le parcours était cool. Il fait chaud, on trouve le début de parcours, et deux types arrivent, chacun par un côté (l’un vient de Pasadena, l’autre de Chicago), prêts à jouer seuls aussi, du coup, hop, ils jouent tous ensemble. Comme je suis nulle, je les suis tranquillou en les regardant jeter des frisbees super loin. Le parcours est vraiment rigolo, on apprend que c’est le premier terrain de disc golf des États Unis, un des types, un habitué qui habite pas loin (Pasadena, donc), nous montre même un des paniers d’origine. C’est super chouette. Ils feront les 18 paniers. Manu est tout content, c’est bien cool.

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On termine l’aprem par le shopping de dernière minute (achat de bouffe US, derniers petits cadeaux pour les filles, etc…)
On retrouve Natalie à la maison, ce soir c’est Dim Sum ! Elle nous emmène dans un quartier qui semble un peu chic (le lustre en cristal dans la rue est paramètre) avec un grand centre commercial et des jolies rues piétonnes. Le restaurant est grand, on nous confie un petit menu en papier en attendant d’être placés pour commencer à choisir. Il y a tellement de plats qui ont l’air délicieux ! L’idée, c’est de choisir des plats à partager. Des bouchées vapeurs, des raviolis, des soupes, des brioches fourrées. On se fait notre patouille, on mange, c’est vraiment délicieux.

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En sortant, on s’arrête devant quelque chose de fou : Un ATM CUPCAKE. Donc un distributeur automatique de cupcakes. C’est comme pour avoir des sous, mais à la place, des cupcakes. Il faut que j’essaye. L’écran est tactile, je choisis un parfum, je fais glisser ma carte bleu, une vidéo s’affiche pour me montrer l’automate qui va chercher ma boite, une porte s’ouvre avec une lumière magique et paf, j’ai un cupcake. Non mais quel beau pays quand même !


Je repars avec, je lui met même une ceinture de sécurité à l’arrière de la voiture, et après avoir bouclé les valise, je mange le meilleur cupcake de ma vie en entier. En général, c’est plutôt sans intérêt, comme gâteau, Mais là, LÀÀÀÀ !!!! Fondant, goût merveilleux, la prochaine fois, je lèche mes billets de banque au distributeur pour voir si ça fait pareil.

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il est temps de dormir, les valises sont prêtes, demain matin, il faut se lever tôt pour partir à 5H30, car on doit rendre la voiture, éviter les embouteillages, rentrer à Paris, prendre l’avion, mal dormir, tout ça dans le désordre.

Il est 5H30 mardi matin, on se met en route avec un sacré paquet de souvenirs fabuleux difficile à trier. Manu tente le tout pour le tout. Le Donut Prince sera-t-il ouvert ? Je lui suggère que non. J’avais tort. Petit bouquet final de gras, on se commande deux donuts chacun, et un café pour moi. On évite les embouteillages, on rend la voiture, tout est dans les temps.

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Comme c’est difficile de partir. Le voyage du retour est une maelström d’angoisses de la rentrée. Après ces deux semaines attendues toute l’année, je réinterroge tout, tout me semble insurmontable (oui, de ping pong).
Je fais passer le temps avec des films et le plateau de l’avion. C’est marrant, à l’aller, je trouve toujours la nourriture des compagnies aériennes follement drôle (Oh de la salade en plastique !!! Oh ! Du surgelé mal dégelé !!!) … au retour, c’est le goût des vacances terminées et c’est toujours aussi mauvais. C’est peut-être mieux assorti.
On a une escale à Chicago, brève et pratique, pas de sécurité à passer, pas de récupération de bagage, on a même le temps de mander un bout avant le gros vol au dessus des eaux.

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Je n’ai pas très envie de terminer ce dernier post par mes angoisses et mes remises en question. Ça serait trop triste, et je ne suis pas sûre que ce soit très judicieux.
Je vais plutôt essayer de raconter les trucs que j’ai oublié de dire les autres jours :

-Aux Etats-Unis, ils savent que les gens ont des vessies, et je les en félicite. Il y a des toilettes dans les magasins, dans les parcs nationaux, dans les librairies. Je crois qu’on a vu qu’un ou deux endroits où c’était pour les clients uniquement. Comme tout le monde se trimballe avec un gobelet rempli, c’est judicieux d’avoir pensé aux réponses de la vessie.

-Il y a des Starbucks absolument partout, c’est super flippant.

-J’avoue avoir été un peu effarée de la production de déchets. Les petits emballages sont partout. Il y a beaucoup de trucs à emporter, donc, emballages de pailles, de sucres, de sauces. Dans les magasins de bouffe, il y a des boites en plastiques de tout, même encore plus que chez nous. Quand on a dormi dans la chambre à thème « Jungle », la ville n’avait pas de système de recyclage, car pas assez d’habitants, et la région n’investit pas (j’ai demandé à la dame quand j’ai voulu trier mes poubelles).
Le nombre de gobelets en tout genre, de bouteilles en plastiques est zinzin.
Le principe d’emmener la fin de son diner pas terminé au restaurant est super pour le gâchis de nourriture (même si je pense que l’idée de départ, c’est de ne pas avoir payé pour rien), c’est en général emballé dans des boites en polystyrène, du coup bon… Il faudrait que les gens amènent des tupperwares… ça me semble pas gagné gagné.

Idem, je pense que vendeur de clim, c’est un super business, il y en a partout. C’est super, surtout dans des coins où il fait facilement 40°, mais quand on se trouve à l’extérieur d’un hôtel et qu’il y 200 climatiseurs qui vrombissent et chauffent, pfiouuu.
En revanche, j’ai du mal à imaginer qu’on puisse faire sans, je repense à cette nuit à  Needles où on est entré dans notre chambre où la climatisation n’avait pas été pré-allumée : le sol était chaud sous nos pieds, et l’air irrespirable. Donc bon, je fais ma bêcheuse, mais j’aime bien dormir au moins un peu.

Autre considération dans le même registre : on a donc croisé la ferme d’éoliennes près de Palm Springs, mais pas que : près de Vegas, il y a aussi un gigantesque site, une station solaire, qui produit tout plein d’électricité (chiffre scientifique), mais qui, malheureusement tue aussi 6000 oiseaux par an. Il y a des tours qui produisent de la lumière, et qui attirent des tas d’insectes. Les oiseaux, s’approchent pour les manger, et prennent feu en vol à cause de la concentration de lumière. Ce qui n’arrange rien, c’est que le site est installé sur un lieu de passage habituel de la migration des oiseaux… Ils cherchent des solutions… mais c’est pas encore ça. J’ai lu dans un article, qu’ils ont aussi essayé de sauver les tortues en installant un grillage pour éviter qu’elles approchent de la station, sauf que ça coince les roadrunners (Bipbip) et que du coup, les coyotes les mangent plus facilement. Ils ont tenté de palier au truc, en installant des petites portes à la taille des roadrunners. Enfin bref, c’est quand même bien triste de vouloir faire un effort environnemental qui fout autant le bordel dans la faune du coin. ;(

Bon je crois que j’arrive pas à faire remonter mon moral, (et probablement pas le vôtre non plus avec ces derniers #funfacts). Je suis réveillée depuis 3H30. Je vais essayer d’emmener mes pellicules argentiques à dévélopper (même si j’appréhende un peu, j’ai réalisé que je les avais mise dans ma valise à l’aller, et qu’ils bombardent les bagages de rayons X super forts et que ça dégrade grandement les pelloches. On verra bien.)
Je crois que de toutes, ce sont mes vacances les plus belles, les plus wouaw. Je suis incapable de dire ce que j’ai préféré. S’il y a un roadtrip à faire, c’est celui-là. Il est décomposable, aménageable, enrichissable. On n’aurait difficilement pu faire plus avec le temps imparti. je garde une sensation d’immensité, de grandiose, de déjà-vu mais pour la première fois. Je vais rêver mille fois d’y retourner, et manger des pâtes à rien pour faire en sorte que ça puisse arriver.

Merci d’avoir lu, d’avoir mis des mots gentils sur mes histoires au jour le jour. J’attends ce moment toute l’année, de partir et raconter.

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J 15 : Venice Beach !

C’est le premier matin de réveil avec un sommeil quasi réparateur. Ça n’empêche pas de se réveiller trop tôt, je sens que ça va être coton de se remettre d’équerre du décalage horaire.

On n’a plus d’urgences, pas de km à avaler, on peut prendre un peu le temps. Manu en profite pour retrouver son meilleur ami le Donut Prince, pendant que je termine d’écrire, que j’organise des trucs et des machins et que je tourne autour de ma valise en me disant qu’il faudrait commencer à ranger tout ça, mais en fait non pas là.

Je vais écrire un peu dehors, il fait chaud, mais chaud bien, pas chaud trop.
Petit déjeuner tranquillou, un café, un donuts et un autre, on profite un peu, ce sont quasi les derniers avant de rentrer.

Natalie se lève tranquillou, on avait envie d’aller à Venice Beach parce que quand même, Los Angeles !
On prend nos maillots au cas où, et elle nous conduit. La visite guidée c’est trop super. On comprend par où on passe, pourquoi comment tel ou tel quartier, et on ne tarde pas à arriver au pays des gens zinzins.

Le quartier est mi chic, mi moins chic, mais plutôt chic.
J’essaye de me rappeler comment les rues sont imbriquée, mais je suis nulle en espace (faites moi tourner trois fois sur moi même et je ne sais plus par où on est arrivé.)

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Toujours est-il qu’on emprunte une rue, au bout il y a la plage et la mer, on tourne à droite pour longer, et là, c’est la foire au festival du n’importe quoi étonnant.
Donc à ma droite en rang d’oignons, des vendeurs de tout, des artistes, musiciens, diseuses de bonne aventure, babioles en tout genre, y’a à boire et à manger, et il y a vraiment à boire et à manger. Derrière cet alignement de joyeux n’importe quoi, y’a des installations diverses, truc pour faire du sport, skate parc, cours de hula hop, pistes cyclables, et puis derrière ça, le sable, et au bout du sable, la mer. A ma gauche, les boutiques en dur, t-shirts, rebouffe, tatoueurs qui proposent des promotions (wtf), des boutiques pour acheter du cannabis parce que c’est légal ici. Oh et d’ailleurs, dans le ciel, vous voyez les avions qui trainent des banderoles avec des pubs pour le carrefour du coin ? Et bien là, c’est un avion, qui tire une banderole pour faire la promotion d’un site internet. Le slogan : « Canabis delivered. Gethigh.com » avec EN PLUS un code promo pour avoir une réduction : « high ». Voilà c’est très pratique, ils pensent à tout. « Ohlala, je suis coincé au bureau, mais j’aimerais beaucoup fumer de l’herbe là maintenant. Oh mais ça alors, je peux commander sur gethigh.com ! » Je me demande ce que sont devenu les dealers en Californie…

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A un moment, je vais aux toilettes public (il faut chaud, on boit, on sue, mais pas que hein). Dans la file d’attente, un type derrière moi, comme de par hasard, me dit « Nice tattoos », me fait un check. Je suis affreusement mal à l’aise : il a plein de muscles. Le surplus de muscles en live, ça me met mal à l’aise. Je ne sais pas pourquoi. Un peu, super, trop la flippe. En plus, tout le tour de sa bouche a une fine couche de bave blanche et séchée. J’ai heureusement mes lunettes de soleil, il ne me voit pas faire des grimaces avec mes yeux. Il me demande d’où je viens, gnagna, et pose ZE question : « So do you party in France ? » Finalement, je me sens moins en danger d’avoir à gérer un dealer de je ne sais quoi qui fait baver qu’un gros relou dragueur. En plus je pigeais pas bien parce que, j’ai bien regardé autour de moi, y’a des tas filles excessivement bien roulées, jeunes, fermes, belles, qui font du roller en string et qui ont aussi envie de faire pipi. Je pirouette « Oh, just like anyone else » et je brise le eyecontact. Il me refait un check en ajoutant un très mystérieux « Thank you, for keeping it professional ». Je fais pipi mitigée du coup.

Selon les pauses, Natalie sort sont carnet et dessine les gens. Je jette un œil discrétement, c’est vraiment un super pouvoir génial.

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On continue la balade, on croise un groupe qui prêche avec des micros et des hochements de tête. Mais le discours est un poil étonnant. La bible sous le coude, Jésus est le démon, les apôtres les douze traitres, les blancs sont tous des moins que rien, les autres religions, c’est pour les blancs, ces moins que rien. Pfouloulou, ils sont en colère. Manu est retourné les écouter un peu plus tard dans l’après midi, il est revenu assez épaté, à défaut d’être converti (mais il n’était pas la cible je crois).

Il y a des gens partout, de la musique, des vendeurs à la sauvette qui alpaguent.
On va jeter un œil au skate parc.
C’est assez impressionnant.
Bien entendu tout le monde est très fort, il y a des vieux des grands des petits. Les grands, en plus, sont gentils avec les petits. Il y a une toute jeune fille de 14 ans à peine qui incarne le girl power comme personne. Les cheveux au vent, à font les manettes sur son skate, au milieu des grosses brutasses bienveillantes. Elle est libre comme un petit coyote dans le désert. Oh comme j’aimerais savoir faire ça. Mais je crois bien qu’être perchée sur des rollers me fait un peu le même effet que d’être en haut d’une montagne ou d’un pont. C’est trop haut pour moi tout ça.

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Un peu plus loin, c’est l’espace muscles. Alors là, pardon hein, mais je ricane un peu.
Une espace gym-musculation, en extérieur, avec des poids gigantesques, des haltères, un grillage autour, et au milieu, des types à gros bras qui soulèvent de la fonte en vérifiant régulièrement que le public est bien là.
Je n’ose imaginer le nombre de boites de protéines que ces gars-là doivent s’enfiler. Par contre, je dois les féliciter, ils luisent de partout, ils ont dû mettre un sacré paquet de crème solaire.
Quel étrange endroit.

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On croise aussi un monsieur, qui fait de la pub pour la Flat Earth Society, avec quelques punchlines bien senties. Les gens ont-ils des épiphanies le long de la plage en croisant une pancarte ? « Bon sang, mais c’est bien sûr ! La Terre est plate, c’est évident ! »

On croise aussi un chalenge, comme dans les fêtes foraines, où il faut rester suspendu à une barre en métal (100 secondes pour les hommes, 80 secondes pour les femmes) pour gagner 100 dollards. Une française tente le coup, et chutera à 15 secondes de la fin. J’y ai cru. Et la foule encourageait et tout, c’était plutôt sympa. Avec Natalie, on se demande où est l’arnaque. Parce qu’en plus, je repense aux musclés de l’autre côté, je pense qu’ils sont capable de tenir super longtemps suspendu, avec leurs muscles. Non ?

 

On mange un bout, j’ai pris un poké (un bol de poisson cru avec option riz). Ensuite on bifurque, on quitte le bazar pour trouver les canaux de Venice. La transition est super. Des petits canaux, avec des petits ponts mignons, des maisons toutes différentes, qui donnent envie de tout plaquer et d’habiter là.
Devant les maisons, toujours un petit bateau, ou un kayak, ou un flamant rose à pédales pour se balader. Le seul inconvénient qu’on trouve à ce quartier, c’est nous. Les touristes qui passent partout pour jeter un œil dans les jardins et admirer les maisons. Alors certains touristes, nous le constatons, sont un poil gonflés, et grimpe dans les petits bateaux, le temps d’une photo. C’est quand même super bizarre de faire un truc pareil. C’est très intrusif. Oui, j’ai jugé.

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On marche, on déambule. Je suis fascinée par la végétation, et je rêve de pouvoir faire pousser tout ça en rentrant à Paris. Il faut que je trouve comment on démarre des cactus à partir de graines. Je suis sûre que c’est rigolo.
On s’interroge beaucoup sur le type de personnes qui vivent ici, à part Franck Moody de Californication. Mais la balade est formidable !
Ensuite, sur la route de la rue des magasins chics et beaux, c’est un peu la panique, à un carrefour, un monsieur en moto tombe et glisse sur des mètres et des mètres. Il avait heureusement un gros blouson et un casque. Les gens autour réagissent très vite Manu va voir, une dame appelle 911, une autre crie de ne pas le bouger. C’est très impressionnant. On est resté à distance, sur le trottoir, en guettant le moment où il se relevait. On l’a vu de loin enlever son casque et parler avec une dame. Mais les quelques minutes où il est resté inconscient ont été vraiment vraiment très longue.
La foule s’est accumulée, on ne peut rien faire de plus, mais c’est difficile de reprendre une activité normale.
On arrive donc dans la rue des magasins qui retourne vers la mer, encore secoués, mais on se change les idées.

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Mine de rien, on aura marché 8 km hier.

Au bout de la rue, Manu part en quête de bidouilles à ramener, et avec Natalie, on va à la plage, pour de vrai. J’enfile mon maillot dans la voiture, je regrette mon absence de souplesse, je maudis la chaleur, mais j’arrive enfin à me tasser dans mon bordel deux pièces. Et hop, on marche sur le sable. La mer me fascine tellement. Ces retrouvailles me mettent en joie. On étale nos affaires, Natalie me propose de tout surveiller le temps que j’aille me baigner. L’eau n’est pas froide, ni chaude, c’est parfait. Il y a des vagues, pas trop grosses, qui ne font pas peur. Je plonge, je barbotte, je flotte. La plage est gigantesque, il y a largement la place, mes voisins les plus proches sont à 100 mètres. Je me fais surprendre par des vagues un peu plus grosses, j’aimerai bien avoir un surf pour essayer de faire OUAIIIIIIIS en glissant fièrement. (Même si en vrai, ça ferait certainement plutôt « Ouuuufffplpff ».) J’ai le tourni, ce petit buzz de la baignade qui épuise de la meilleure façon qui soit.
Je retrouve Natalie au pays des serviettes, et je sèche en esperant secrètement que mes cheveux fassent un beach wave comme dans les magazines. En vrai, mon masacara a coulé, et je refais un revival du concert d’Alice Cooper, et j’ai un gros tas de nœuds salés sur la tête. Manu nous rejoint, c’est pendant sa vadrouille qu’il a écouté les prêcheurs fous, et il nous raconte que l’ambiance est tranquillement en train de basculer. Il y a beaucoup de drogues qui circulent. Moi qui m’inquiétais pour les dealers. Tout va bien.

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On repart, on va faire des courses, on se dit quo’n va se faire à manger à la maison, et faire des homemade Mac and cheese. Natalie va faire des Brussel sprouts au four. On est trop contents.
Hop les courses, hop retour maison, on se met au fourneaux, je suis tendue, j’en ai jamais fait. En même temps, bon, c’est pas non plus la panique, du lait, du cheddar, des nouilles, et le tout au four avec un genre de chapelure. Mais la cuisson m’interroge. J’aldente les pâtes, et je termine de les cuire dans du lait bouillant, avec le cheddar coupé menu. En fait, j’aurais pu certainement faire cuire les pâtes dans le lait directement. Mais bon. Hop un plat, la chapelure, le four, et VOILÀ ! Les choux de Bruxelles de Natalie sont délicieux, coupé en deux, huile d’olive, sel poivre épices, au four, ça crounche, best apéro du monde. Ca me rappelle un peu les chips de choux kale que j’aime tant.

Les macaronis and cheese sont prêts. On mange tous ensemble à table, un des roommates de Natalie nous rejoint (je pense grâce au demi kilo de cheddar cuit) et on dit du mal de Trump.
On a bien bu, bien ri, bien mangé, il est temps d’aller de coucher.
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Toutes les photos sont là : https://chezsib.wordpress.com/2018/08/26/j-15-toutes-les-photos/

J 14 : Au revoir le désert…

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Voici le plan Google Earth, la caravane est à peu près au milieu, probablement pas installée au moment de la photo.

Matin du 14ème jour, nous sommes dans le désert du Mojave, on a dormi dans une caravane, les toilettes sèches ne me font même plus broncher. J’ai commencé d’écrire la journée d’hier, mais il faut ranger la caravane et notre bazar, passer un coup de balai dans le désert, histoire que ce soit tout bien rangé comme quand on est arrivé. Il fait déjà chaud tôt du matin. Je prends une douche maison : je me renverse un gallon d’eau comme je peux en frottant d’une main, c’est un peu froid, mais ça raffermit, forcément. J’enfile des habits propres, j’ai même du shampooing sec. C’est pas si mal.
J’ai un peu de mal à partir, je retourne faire des photos avec mon argentique à l’autre caravane délabrée, et puis, il faut partir, après avoir grignoté du melon.
Si en montant dans la voiture, j’ai déjà la nostalgie de ce petit havre de tranquillité, dès que la voiture démarre, c’est la réalité de la route de merde qu’il faut appréhender. Pour démarrer la journée, c’est pas rien. Aujourd’hui, j’ai des crampes d’avoir tellement tendu les jambes en tenter de maintenir cette voiture en un seul morceau. Manu conduit le nez sur le pare-brise, on ne reprend pas la route en sens inverse d’hier soir, on tente par l’autre côté. Ce n’est pas vraiment mieux… Il n’y pas vraiment de gros cailloux, ça fait plutôt des vaguelettes et tout notre bordel de la voiture tombe partout sur les sièges arrière.
On croise une voiture, on les arrête pour demande si c’est encore loin Grand Schtroumpf. Toute une famille, dans une camionnette à grosses roues, ils nous disent que oui c’est bien par là, et qu’on va finir par « hit the pavement ». Eux de leur côté, nous demande si on n’a pas vu leur chien. C’est bien désolés qu’on doit dire que non.
Comment vont-ils faire pour retrouver leur bestiole dans ce désert. Ça va me turlupiner toute la journée.

On retrouve la route annoncée ! La voiture a tenu le choc/les chocs. On peut relâcher nos muscles. On traverse Twentynine Palms, Yucca Valley, on fait un stop rapide dans un donut shop, je teste ceux quiont une drôle de forme, appelés « French Cruller ». C’est très différent d’un point de vue de la texture, y’a un truc un peu patachouesque, c’est bon, c’est moins dense, certainement pas moins gras. Il faut vraiment que je trouve comment on fait, mais si c’est comme avec les recettes de donuts, je ne suis pas rendue, ce n’est jamais le même topo.

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On a prévu un arrêt à Palm Springs, pour voir l’architecture 50’s.
On quitte les routes perdues, les caravanes en vrac, les Joshua Tree, et quand tout à coup, des éoliennes. Mmm, comment dire, des tas et des tas d’éoliennes. Des milliers d’éoliennes. Je cherche sur internet, c’est la ferme éolienne de

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Un petit coup de wikipedia :

La ferme éolienne du col de San Gorgonio est un parc éolien situé sur le versant est du col de San Gorgonio dans le comté de Riverside, à l’est de White Water, en Californie. Développé au début des années 1980, il est l’un des trois grands parcs éoliens en Californie, avec ceux d’Altamont et du col de Tehachapi. L’entrée de la vallée de Coachella, le col de San Gorgonio est l’un des endroits les plus venteux dans le sud de la Californie.

En janvier 2008, la ferme se composait de 3 218 éoliennes totalisant 615 MW1.

 

Moi j’aime bien les éoliennes, et en super grande quantité, c’est comme une danse statique, un slow un peu tendu d’adolescent dans un bal de fin d’année.

Un peu plus loin, je réclame un stop à Cabazon. J’ai vu sur mon appli qu’il y a sur la route un parc d’attraction de dinosaures.
Pas besoin de visiter, ils ont mis à l’entrée deux gros dinosaures et on peut faire des photos.
Huhuhu, comme ils sont laids, en plus, il a fallu des années pour les construire, et il semblerait, d’après internet, que ce soit un musée créationniste. J’ai effectivement lu ce matin quelques panneaux qui sont exposés dans le musée, c’est une vision intéressante… Mais j’ai mes photos de dinosaures laids, alors ça va.

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Arrivée à Palm Springs, la ville qui porte bien son nom : y’a des palmiers partout. Manu, c’est son dada les palmiers. Moi ce sont les cactus et les succulentes, lui, les palmiers (et les piments). Du coup c’est cool. On fait un stop au visitor center pour avoir un plan de la ville en papier.
Ils proposent des tas de visites guidées pour découvrir les maisons des stars, les jolis quartiers. Ca coûte cher, et on n’a pas tout à fait le temps, et je crois surtout qu’on est un peu fatigués. On jette un œil au thermomètre, il fait 46 degrés et y’a pas un pet de mistral.

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On se tente une improvisation de balade en regardant les rues phares sur le plan et internet. On se gare, et on vadrouille. Par 46 degrés (76 ressentis). Il y a des tas de boutiques, avec des noms français comme « Ohlalala » et « La mode de Paris ». Chers amis préparez-vous à changer de style, car nous sommes visiblement loin des tendances établies par Palm Springs. C’est clinquant à souhait.
On trouve une boutique chouette, avec de la déco très fifties, dont des maisons pour oiseaux complètement géniales. Si vous voulez jeter un œil, la marque c’est Sourgrassbuilt.
On entre dans une autre boutique, où on achète quand même un truc super rigolo, c’est une sorte d’abat-jour en plastique en forme de piment pour mettre par dessous les loupiottes des guirlandes de Noël. Ça fait la taille d’un doigt, c’est un peu transparent, et il y a plein de couleurs. On va pouvoir faire un spicy christmas tree cette année ! On discute avec la dame, qui nous demande d’où on vient. C’est souvent le cas, on doit avoir un genre d’accent chelou pas vraiment possible à définir. Mais français est rarement leur premier choix. On parle des touristes français, qu’elle trouve particulièrement désagréables. Huhu, ohlalala.

Oh ! J’ai oublié de vous raconter !

Quand on était à Amboy, la ville fantôme pas encore morte sur la Route 66, quand on discutait avec le gentille dame, un couple est entré, et a commandé deux expressos. La dame montre sa machine type senseo à capsule, qui fait trois tailles de café : allongé, allongé un peu plus, et super allongé (ceux que j’aime). Elle dit qu’elle a du café très fort (il a une tête de mort sur sa pastille) dans son choix de capsules, et qu’elle peut tenter un truc approchant. Ils disent ok. Quand le café coule, le mari commente « This is not an expresso. » Sans déc mec ? On n’est pas Place Saint Marc à Venise hein. Manu les a croisé dehors, et la femme en sortant de la voiture a dit « Ne va pas aux toilettes, ça doit être dé-gou-tant ».
On les a recroisé à Joshua Tree (…) Manu a échangé trois minutes avec eux pendant que je prenais des photos. Ils viennent de Toulon, et en guise de au revoir, ils ont simplement dit à Manu « Oh, au moins, ça va être plus facile pour nous de rentrer à Toulon, que vous à Paris hein. «*air entendu clin d’œil, clin d’œil* »
Huhu de bon sang de bois. _o/
Revenons-en à nos palmiers :

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ils ont une frange.

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Je crois que je n’étais pas prête pour le retour à la ville, aux gens, aux magasins chers. Heureusement, y’a encore quelques cactus trop super un peu partout, en plus des palmiers. La chaleur éteint un peu l’enthousiasme. Et je crois qu’on s’est mal dépatouillé du plan.
Après un tour de pâtés de maison, on se traîne en suant jusqu’à la voiture. Il reste pas loin de 200 km pour rentrer à Los Angeles, et mine de rien, y’a un peu de fatigue accumulée.
On se met d’accord, on a été mauvais à Palm Springs, il aurait fallu mieux préparer notre truc. On ne peut être l’aigle de la route à chaque coup, c’est ainsi. Je regarde la ville s’éloigner, et je m’en veux un peu. Qu’aurait fait John Wayne ?

Après y’a eu des embouteillages un peu, on s’est arrêté pour faire une pause Target #passiontarget. Et on arrive à Los Angeles. Voitures, Hollywood, tout ça ! On arrive chez Natalie, petit havre de paix, on vide la voiture de tout le merdier. Je regrette de ne pas avoir pris une photo de la voiture remplie de bordel d’une dizaine de jours de roadtrip. C’est un peu comme une poubelle, mais remplies de trucs cool. Amas de cartes et de guides de parcs, glacières en bazar, valises mal rangés, souvenirs balancés ça et là.
On a vidé méthodiquement pour tout mettre dans la chambre de Natalie. Elle va être contente en rentrant du travail que les deux hippies soient de retour. Hum.

 

Quand elle arrive, elle dit qu’on a l’air tout rempli de sagesse. Je pense qu’elle n’ose pas nous dire qu’on sent bizarre, un mélange de shampoing sec et de désert qui tâche.
Une bonne douche et il n’y paraîtra plus.

On décide d’aller dans un tiki bar pour boire un petit cocktail de fin de route, on fait 15 km, DE LA GNOGNOTE. Le bar est bien décoré du dehors, le videur nous demande nos cartes d’identité. Ça me fera toujours rigoler. D’autant qu’il prend vraiment le temps de regarder nos dates de naissance. Really ? Tu veux voir mon épisio pour vérifier que j’ai bien 40 ans ? (je sais, ils sont obligés… mais quand même…)
On boit un verre, c’est très bon. Au plafond, il y a des pufferfish montés en lustre (ça s’appelle un diodon), il fait un poil sombre, le verre est court, on ne s’attarde pas.

HipstamaticPhoto-556856054.746967En fait, on n’a rien mangé aujourd’hui depuis les donuts de ce matin, et on a faim. J’erre sur Yelp pour trouver où et quoi manger. Dans une ville comme Los Angeles, c’est un poil coton. En plus bon, je ne vous donnerai pas mon avis sur les avis sur internet hein. Hihi. Haha. Hoho.
Et là, idée de génie, retournons au truc de tacos où Natalie nous a emmené le deuxième soir ! C’était délicieux et bon à la fois. Élan d’enthousiasme ! Manu se souvient du nom du quartier. Je co-pilote, et joie ! On retrouve ce petit coin près d’un vieux cinéma. On commande en masse, quatre chacun. Il s’avère que je ne vais réussir à en manger que deux. C’était largement suffisant. On en remmène un bien emballé.

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On décide de faire un stop dans un liquor store pour prendre deux bières pour terminer la soirée. Comme on est fatigué et indécis « Non pas celle-là, bof non. Trop forte. J’aime pas l’emballage. » On repart bredouilles et agacés. Il est temps de dormir une bonne fois pour toute je crois.

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C’est ce qu’on a fait en rentrant. Trop fastoche. Je rêve de sable et coyotes.

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Le pas trop trop de photos du jour (J13 est plus fourni pour le coup) : https://chezsib.wordpress.com/2018/08/25/j-14-toutes-les-photos/

J 13 : Insomnie dans le désert

Il est 7h35, cela ne fait pas loin de 2h30 que je suis levée.
Je ne sais pas si dois commencer par l’endroit d’où je vous écrit ce matin, ou si je le garde pour la fin.

Oh allez, je garde pour la fin.

Ce matin, c’est le réveil dans le motel bofbof. Finalement, à faire les malins avec la clim parce qu’on étouffait, on a été frigorifié toute la nuit. Oui parce que dans un demi sommeil, on trouve plus malin de tenter de s’emmitoufler mieux plutôt que d’aller appuyer sur un bouton.
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On a rajouté une étape, nous devions rentrer à L.A. (Oui, je dis L.A. avec les lettres en anglais pour faire cool. ÈLAYE.) aujourd’hui, mais cela faisait un poil trop de kilomètres pour pouvoir profiter de Joshua Tree, et regarder les kilomètres défiler plus tranquillement.

On quitte Needles, qui décidément n’est pas très réjouissante. On reprend la Route 66 pour un moment, Manu est encore une fois à deux doigts de me faire le coup de la panne, mais heureusement, on trouve une station service complètement paumée où tout est désagréable. Il y a des panneaux partout pour dire qu’il ne faut pas faire ci ou ça, que si on veut un gobelet de glaçons, il faut payer un dollar, que c’est interdit d’avoir des sacs, que là on peut amener son animal mais pas là, et la caissière n’est pas non plus aimable, et l’essence est deux fois (pour de vrai) plus cher que partout ailleurs. Manu remet dix dollars dans le réservoir, et on se casse de là.

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Petit à petit, on rentre dans le désert du Mojave. Il y a des plantes assez rigolotes qui ressemblent à des plantes d’aquarium. Comme une touffe d’herbe, qui remonte en zigzaguant. Il ne manque qu’un mégalodon, et ça serait vraiment parfait.
Le sable s’étend partout, au fond il y a toujours la silhouette des montagnes. Il refait 40° mais l’espace fait qu’on a la sensation de respirer mieux. La route est déserte, on croise une voiture de temps en temps, mais vraiment de temps en temps.
À un moment, on aperçoit la statue d’un lion chinois, planté là, au milieu de rien. (de rien du tout). Manu arrête la voiture, je veux aller voir ça de plus près.
Des cailloux empilés en ligne mènent à la statue. Il n’a pas l’air commode, mais partout autour et sur, il y a des cadeaux : des pièces, des babioles, un bocal d’alcool, et sous ses pattes, je découvre un cahier emballé dans un pochette en plastique. Il y a même un stylo. J’appelle Manu pour qu’il me rejoigne. Y’a un truc un peu magique. Difficile d’imaginer les enjeux que les gens ont mis en laissant un quelque chose à la bestiole. On écrit un mot, avant de repartir.

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On traverse une petite ville, une touuuuuute petite ville. Amboy. Qui a un slogan :
« Amboy, the ghost town that ain’t dead yet ». On se gare devant la station essence qui a l’air de fonctionner, il y a des gens vivants dedans. En revanche, il y a une école juste à côté, grillagée, abandonnée. Par terre, des trace de main d’enfants moulées dans du plâtre. Si en temps normal, dans une école d’enfants mignons, c’est déjà pas génial, là, c’est carrément glauque. A côté, une série de bungalows, qui n’ont pas l’air trop abimés, mais qui en revanche sont complètement abandonnés. Ca devait être ça, le Roy’s Motel dont il est question sur le gros panneaux au dessus de ma tête. Je fais des photos des intérieurs. Ce n’est pas très coquet. Un matelas par ci, un vieux canapé par là. Mais le clou du spectacle, c’est le bâtiment de l’accueil à quelques mètres de là. Il n’a pas bougé d’un iota. Je ne sais pas à quel point c’est mis en scène, mais tout est d’époque : le comptoir en formica, le téléphone, les canapés. Ca me donne envie de prendre une chambre en 1956. Il y a un reflet moche à cause du soleil, j’ai beau tourner en rond autour, impossible de prendre une photo potable. Je rejoins Manu dans la station service. Une dame, la soixantaine, nous accueille toute sourire. Elle vient de recevoir des nouveaux porte-clés Route 66 à vendre aux touristes. Elle a l’air de s’amuser follement. Je prends un café, parce qu’on a toujours pas petit déjeuné avec cette affaire. Je m’installe au comptoir, et on cause un peu. Elle ne sait pas depuis combien de temps le motel est fermé, mais elle me dit « Oh years, honey. » Elle nous explique qu’ils sont à la retraite, elle et son mari qui est là aussi. Mais ils ont repris le boulot ici, ça les amuse beaucoup. Ils voient passer du monde, dans cette ville où il n’y a que 3 habitants. Pour de vrai. Ils sont trois à habiter là en permanence. On cause bouffe, elle m’explique sa recette de biscuits and gravy, puis nous parle de leur mariage qui aura lieu dans l’église abandonnée de Amboy, deux jours avant Halloween, et comme en plus la ville est hantée, ça va être super, d’autant qu’ils vont tous dormir sur place et faire un grand campement pour se raconter des histoires qui font peur. Elle nous invite à venir si on est dans le coin. Huhu. Ils étaient si super. Bye bye Amboy !

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On se réengouffre dans le Mojave. Il y parfois des tas de sables, comme si quelqu’un s’était amusé à faire des pâtés. Mais surtout, on croise un truc complètement fou dans au milieu du sable beige et des herbes vert passé. Un monticule, derrière une tranchée, remplie d’eau verte bleu lagon. Bon sang de bois, je descends voir ça. C’est tellement fou que ça a presque l’air dangereux. Il y a des amas de cristaux blancs sur les rebords. Mais quelles couleurs incroyables !!!

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De retour dans la voiture, je fouille, je cherche sur internet. C’est une exploitation de sel, figurez-vous.

 

On commence à s’approcher de Twentynine Palms, notre destination du jour. Si bien souvent sur notre route, on s’est demandé comment vivait les gens dont on croisait les habitations, là, c’est le cas plus que jamais. Il fait 42°, zéro zone d’ombre, éparpillées n’importe où dans le désert, des habitations de toutes formes. Parfois c’est une chouette maison neuve, souvent, ce sont des taudis délabrés encore habités. Il y a aussi beaucoup, beaucoup de maisons abandonnées abritées par des vieux palmiers foutus. Cette récurrence est un peu déconcertante. Pourquoi s’installer là ? Pourquoi en partir ? Les maisons abandonnées sont souvent grillagées. Qui donc a bien pu prendre la peine de construire une barrière tout autour d’un endroit voué au vide ?
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La gentille dame de Amboy nous ayant conseillé un endroit pour manger à Yucca Valley, juste derrière Twentynine, on se rajoute 30 bornes pour être un poil déçus. J’ai pris des pancakes, qui devaient sensiblement faire la taille d’un 33 tours X 3, et Manu un burger. Bon, on n’a plus faim, c’est l’essentiel.

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Yucca Valley, c’est super déconcertant, au milieu de ce désert, c’est une grande ville aux allures de petite avec tous les magasins et restaurants fast food qu’on trouve aux Etats Unis. Un Walmart, Home Depot, Wendy’s Burger King, Big 5, des tas de bars, des tas magasins idiots. Bon y’en a aussi des tas qui sont fermés et à vendre. Quel business je pourrais monter ici ? Mmmm… ?
La transition es vraiment super déconcertante. C’est marrant, d’avoir installé une ville ici. L’explication, c’est probablement le Parc National de Joshua Tree qui longe les deux villes. D’ailleurs, maintenant qu’on a mangé, on enquille, on a notre pass magique.

Le Joshua Tree, c’est un arbre complètement bizarre. Un peu sur le principe du palmier ou les feuilles étroites et pointues se fanent et meurt le long du tronc (ça leur donne un effet poilus d’ailleurs. À la différence du palmier, ils ont des tas de bras, et ils ont l’air de se contorsionner n’importe comment. Il y en a partout, on dirait un un-deux-trois soleil géant ou tout le monde est resté coincé. Il y a quand même un truc du cactus dans ce drôle d’arbre, c’est difficile à expliquer. J’ai dans la tête la chanson « Battle of Jericho ». Rien à voir me direz-vous, mais en fait si, car à un moment dans la chanson, il dit le prénom Joshua.

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On entre dans le parc, brandissant fièrement passeport et carte magnétique. C’est incroyable de trouver cet arbre là en quantité folle et à peine ou pas du tout ailleurs. Manu me raconte qu’il a vu Saguaro National Parc, et que c’est pareil, la même marque de cactus partout partout, mais pas ailleurs. (Et oui je sais bien que c’est parce qu’ils ne doivent se plaire nulle part ailleurs pour pousser tranquillou). Je ne sais pas si en France on a UN équivalent. « Parc Nationale des Saules Pleureurs » suggère l’amoureux.

Comme d’habitude, c’est hyper bien foutu. Une petite route nous balade au milieu des arbres, il a y a des montagnes de cailloux, ou des cailloux qui forment des montagnes, je ne sais pas ce qui est le plus juste. On fait un premier arrêt. J’escalade, oui, J’ESCALADE des cailloux (parce que je poursuivais un lézard pour LE prendre en photo, mais il allait trop vite).
Ce spectacle est vraiment hors du commun. On repart, on refait un stop, car il y a une petite randonnée à faire. De 1 mile, de 1 km600. Easy, fastoche. On emmène de l’eau dans mon ami le gros thermos. La balade s’appelle Hidden Valley. C’était donc une petite vallée, planquée au milieu d’une montagne, un peu comme au milieu d’un cratère, et puis un jour, en 1936, un type s’est dit que c’était pas pratique, alors il a fait exploser de la montagne pour pouvoir faire passer ses troupeaux. Voilà, faut pas trop les faire chier dans le coin.
Alors ok, fastoche. Je marche beaucoup en temps normal. Mais le paramètre 37° est un paramètre. L’air est sec comme un coup de trique, et ça grimpouille. Wouh punaise, c’est dur. Je regrette de ne pas avoir de chapeau, et Manu transpire sous le sien.
On termine, c’est modérément glorieux pour ma part, mais on en a pris plein les yeux.
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Off we go again, je crois que je ne me sens pas super, je fais une micro sieste le temps qu’on arrive en haut de Keys View, c’est à 1581 mètres, mais on surplombe la Coachella Valley et les Indio Hills. Ça va, j’ai pas trop peur, et c’est encore une fois amazing.

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On retraverse le parc en sens inverse, impossible de tout faire en quelques heures, car il nous faut nous préparer pour ce soir, et aller faire quelques courses.
Go Walmart, go. Je me perds un peu dans les rayons, je perds Manu dans les rayons, Manu ne me retrouve jamais dans les rayons. Y’a tellement de trucs super. Mais faut se concentrer, et choisir le diner. Du diner à griller. Parce que ce soir, j’ai trouvé sur Airbnb une caravane dans le désert. Il n’y a pas d’eau, il faut en ramener, du bois pour le feu, à manger pour nous, de la bière pour le coin du feu, et des fruits de dessert. On a un peu galéré à trouver du bois, mais c’est bon, on a tout. On fait un stop au Joshua Tree Saloon pour boire un dernier verre avec la civilisation, mais je suis un peu tendue, je regarde l’heure tourner, j’aimerais bien ne pas rater le coucher de soleil dans le désert.

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C’était sans compter la route de merde qui mène à la caravane. Au début, ça allait, puis il a fallu bifurquer, et là. HAHAHA, vla le bordel comme on dit. C’est du sable avec des cailloux, ou du dur qui fait des tas de bosses. Notre voiture tremble de partout, ça secoue, on arrête pas de se dire qu’on va se retrouver avec le moteur sur les genoux. Et puis c’est long le trajet. 6 miles. 10 km de tremblotte. Cela va sans dire que mon coucher de soleil, je l’ai vu du coin de l’œil, avec les jambes enfoncées dans le plancher tellement c’était tendu. MAIS ! On a croisé un coyote, un vrai qui gambadait sur la route. C’était trop super. On croise des tas de baraques abandonnées pourries. On avance, on avance, Manu cherche la bonne vitesse, évite les trop gros trous. Et on trouve le panneau cité dans les instructions Airbnb : « you’ve made it ! ». J’aime bien l’humour.

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On découvre notre maison de cette nuit. Une caravane bleu et blanche. Devant, des cercles de cailloux peints de toutes les couleurs, avec une petite table jaune, des fauteuils de camping roses, et sur la droite, un trou pavé pour faire un feu au milieu d’un autre cercle de cailloux peints. La clé est cachée dans une petite boite aimantée au pare-chocs arrière de la caravane.

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J’ouvre, on visite la caravane-four. Dehors on découvre un barbecue et du charbon, les générateurs solaires doivent être rechargés. Je farfouille sur comment ça marche. Il y a un aussi un groupe électrogène, et malgré quelques teufs fin des années 90, je ne sais pas trop comment ça marche. Dans les explications Airnbnb, ils disaient qu’il fallait du propane, mais on n’en a pas acheté, on s’est dit qu’on se dépatouillerait sans. Je branche des trucs et des machins, et j’arrive à mettre l’électricité. Alors par contre, le petit climatiseur ne doit fonctionner qu’avec le groupe électrogène parce que dès que je tente de l’allumer, toutes les lumières vascillent.

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Manu s’attèle au BBQ. Le charbon trouvé sur place flambe du feu de Dieu. Explication : c’est du charbon de feignasse, imbibé de liquide à bruler. C’est vraiment de la triche.
De mon côté, j’essaye de trouver un moyen pour faire chauffer de l’eau, on a acheté des portions façon soupe chinoise de mac and cheese, mais il faut de l’eau bouillante. Et un micro onde (ce qui m’avait échappé au supermarché). L’eau ? j’ai la solution. Je prends la mini cafetière du camping car, et je vais la brancher sur le groupe électrogène (aucune prise ne marche à l’intérieur.) et je fais couler l’eau sans café. Hop de l’eau bouillante. Fin du monde, si tu approches, ma cafetière minus et moi, on est prêtes à accoucher n’importe quoi.

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J’ai réparé le rideau des toilettes. #fierté

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Je remplis mes petits bolounets de nouilles. Je touille de temps en temps, et cela n’a pas l’effet escompté. On sent bien que ces nouilles ne sont pas prévues pour la vie dur du désert. Elles collent, forment une nouille unique, trop cuite, mais sans avoir absorbé l’eau. Je dois l’admettre, c’est un échec. Manu s’en sort bien mieux avec sa saucisse.
On a des petits pains à hot dog pour aller avec. On machouille gaiement sous les étoiles du désert. D’ailleurs, on ne les voit pas si bien car la lune nous éclaire comme un lustre à pampille. Et comme elle est dernière nous, on voit même nos ombres. On écoute les bruits de la nuit, y’a du bordel dans le désert. Du bordel invisible, certes, mais du bordel.
Il est temps d’aller se coucher, on range les canettes vides, les restes de cheetos et de melon, hop, viande dans le torchon.

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Manu s’endort vite, je me tortille sans arriver à dormir, il fait trop chaud dans la petite chambre de la caravane. Quand je sombre enfin, le générateur solaire se met à faire un bruit strident. Je ne sais pas bien pourquoi. Du coup, je vais l’éteindre, parce que c’est chiant et ça me réveille. J’ai envie de faire pipi, mais les toilettes sèches sont « loin », et y’a quand même des bouts des maisons abandonnées qui trainent par terre. Et surtout, je suis une grosse flippette. Je fais donc pipi derrière la caravane, dans le désert, sous la lumière de la lune.

La nuit ne fut pas plus glorieuse, j’ai fini par migrer sur le petit canapé du salon, où j’ai trouvé un peu plus d’air. Dans une maison je ne sais où, un chien aboie. Toute la nuit. Zéro caravane, mais ce chien… il s’en donne à cœur joie, et moi je ne dors pas. J
e vais regarder de temps à autre par la porte moustiquaire en espérant voir une bestiole super, un bigfoot, n’importe quoi. Rien du tout.
A 5h30, je sors, je m’emmitoufle dans ma serviette de toilette et mon paréo, je m’installe dans la chaise rose, face à l’est, et j’attends le levé du soleil. Il fait frais, il y a un peu de vent. Moins que hier soir, quand même.
J’entends des petits bruits, des bestioles qui se lèvent, sans jamais voir personne. La lumière du matin me bouleverse complètement. Au fur et à mesure que le soleil apparaît derrière les montagnes, l’air se réchauffe doucement. Je dois bien dire que des moments comme celui-là, ils font inspirer un grand coup, sans s’étouffer, pour respirer mieux après.
Tout est suspendu. Si j’avais un gourou, je pourrais certainement lui dire que j’ai une nouvelle « safe place » mentale. Un feu éteint, le soleil qui démarre sa journée au dessus du désert, mon amoureux pas loin qui dort encore, et une chaise de camping rose.

Manu se réveille, et le soleil commence déjà à taper fort, il n’est que 7H.

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Je retourne faire un tour aux toilettes sèches, et je vois que le grillage de l’habitation abandonnée pas loin est au sol (devrait-on dire « l’inhabitation » ?).
Allez ! Je vais aller faire des photos. En chemin, je croise un fauteuil et un canapé dézingués.


Je passe la grille, il y a plusieurs petits espaces. Une caravane, un genre de garage, une petite maison, et des cabanons. Un volet grince au rythme du vent doux, au début j’ai cru que c’était quelqu’un qui ronflait. Je marche en faisant bien attention, y’a du merdier par terre, c’est le moins qu’on puisse dire, des murs, des bouts de porcelaine, des vitres en miettes. Je reconnais une ancienne salle de bain, le salon, où il y a encore fauteuil et unmatelas. Quand même, quelle drôle d’idée de s’installer ici, en plein milieu d’une route chaotique.

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Je reviens de ma balade tout contente, et je commence à écrire. La boucle du jour est bouclée.

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J 12 : Get your kicks on Route… 66 !!!

Cher vous,

C’est un poil crispée que j’écris ce soir, oh rien de grave, mais notre motel dans la ville glauque de ce soir a des draps qui ont une tache pas loin de mon pied gauche, j’ai voulu vérifier si c’était une tâche propre en reniflant, et bien non. Ce n’est pas une tâche propre. Soyons honnêtes, de vous à moi, ça fait un moment qu’on se connaît, je ne suis pas fragile, mais c’est indéniablement une tâche de sperme, et elle n’est pas à nous. Voilà, pfiou, maintenant que c’est dit, je me sens mieux, et comment ça, on est tous un peu mal à l’aise. C’est bien.

Reprenons depuis le début, cette journée qui mène à la tache. (Je ne veux pas que vous oubliiez la tache parce que moi je ne pense qu’à ça-je l’ai recouverte d’un autre drap, qui lui, ne sent rien – même si je ne sais pas si c’est bon signe). Donc, ce matin, je me suis réveillée aux aurores du matin de l’aube, et j’ai terminé d’écrire en attendant que l’amoureux se réveille. On a rangé notre fourbi, douche, café, mission donuts. Oui parce que hier, c’était super, alors on a recommencé, mais ce coup-ci, j’y suis allée avec Manu.
The Fractured Prune que ça s’appelle. C’est grand, tout propre, sans tache (héhé), et derrière une vitre, une grosse machine qui fait tomber des ronds de pâte avec un trou au milieu, puis qui glissent dans un bain d’huile, pour ensuite se faire retourner par une grille rotative, pour se faire récupérer par le monsieur qui trempent la pâte cuite-frite dans les différents glaçages choisis. On en a pris trois chacun. (Si je dis une demi douzaine, je sens que vous allez juger, alors que trois chacun, ÇA VA). Bon en vrai, j’en garde un pour plus tard, et deux, c’était presque trop pour un petit déj.
On repasse à la maison parce que le wifi étant mou, les photos n’étaient pas toutes chargées.
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Comme à chaque départ, on se regarde avec un air décidé pour se redire : Frappe la route, Jacques. La journée démarre toujours bien.
Manu propose, avant que nous prenions la route de Needles et de la tache (héhé), que nous faisions un détour par Sedona. Il paraît que c’est joli, et on aime bien les trucs dans ce genre là.
On fait la route depuis Flagstaff, et toujours, disséminées ça et là, des habitations perdues au milieu de champs, de forêts, de rien. Après un long plat pays, on entame la grimpette d’une montagne. C’est beau, parce que dans les rochers rouges, il y a des arbres verts, et même quelques cactus (ma nouvelle passion).

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En bas coule une rivière, et pour la voir d’un peu plus près, on s’arrête, pour descendre de voiture, et faire un bout de sentier, qu’est-ce qu’on est sportifs ! C’est super, et en bas, on entend des gens qui se baigne.

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Un peu plus loin, sur la route, gambade un faon. Il nous regarde, on le regarde, une voiture arrive en face (pas de panique, rien ne meurt) et le faon se met un peu sur le bas côté et retourne tranquillement dans la forêt qui grimpe. Je sors de la voiture, je m’approche un tout petit peu, et il me lèche la joue. Huhu mais non, il se sauve en cavalant, je ne suis pas une princesse de dessin animé, voyons.
Mais c’était super, on s’est regardé au moins 4 secondes dans le noir des yeux avant qu’il ne me montre son postérieur pour s’en aller.

 

On s’arrête près d’un pont qui surplombe le canyon, et il est possible d’aller en dessous pour admirer le paysage d’un peu plus près. Je vis, encore une fois, un moment de vertige pitoyable. Manu fait une photo de moi, agrippée aux rochers, à environ 30 mètres du vide. Je me demande si ça se soigne quand même.

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La preuve en image

La route qui mène à Sedona est truffée de bungalows, de motels, de camping, etc. C’est vraiment un lieu touristique pour vacanciers fortunés. On sent que c’est un poil chic. L’arrivée en ville confirme tout ça. Les magasins sont majoritairement des boutiques bien être, diseuses de bonne aventure, photos d’auras (je ne plaisante pas, on peut se faire photographier son aura), de pierres qui guérissent à peu près tout, et de l’artisanat indien. Je pense qu’après avoir fait son shopping à Sedona, on est paré pour une soirée transe à Goa.

J’achète quand même du thé en vrac avec mon thé glacé pour la route, parce qu’il est fabriqué avec de la poire de cactus séchée qui pousse dans les parage. (#passioncactus).

 

On fait demi-tour, il faut repasser par Flagstaff pour se rendre à Needles.
En sortant de Flagstaff, on l’avait un peu vu arriver -les éclairs étaient un bon indice- on se prend un orage un peu dingue sur la tronche.
Les voitures s’arrêtent en pleine autoroute, warnings de partout. Quelqu’un nous vide sa piscine sur la tronche, il n’y pas d’autre explication. Ah et puis maintenant, la grêle. C’est très créatif la météo ici.
On finit par redémarrer doucement, une fois la pluie tassée. Il s’avère qu’il y a bien eu un accident devant. Un camion gigantesque, comme dans les films a dû glisser vers l’avant dans la pente à cause de la pluie, et a réduit d’un tiers une petite voiture qui devait par manque de bol rouler devant lui pile dans la descente. Tout le monde a l’air d’aller bien, y’a pas de casse de gens, mais ils ont dû avoir bien bien peur. Le coffre est plié, les valises prennent la pluie et tout le monde a l’air bien embarrassé. Mais la police est là, et gère.

Il pleut encore un peu, mais moins, et à un moment, plus du tout. Ça reste sombre cette affaire, et les éclairs continuent de faire les marioles dans le lointain.
On a pas mal de bornes à faire, et c’est déjà le début d’après-midi.
Excitation maximum : nous allons emprunter la légendaire Route 66. Comme dirait la chanson de Bobby Troup : « Get your kicks on Route 66 ! ».
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On fait un premier écart à Williams pour la trouver. Williams est truffé de magasins de souvenirs à thème, mais malgré le neuf des gadgets, y’a un truc dans son jus qui reste assez émouvant. Il y a un même un magasin tenu par un vrai cowboy, qui a une grande barbe, et qui coud ses trucs en cuir lui-même. On se balade, on trouve un gros supermarché où on peut s’acheter une salade et du poulet et du melon (je précise pour rééquilibrer le sucre raconté ici. Pas de panique, nous ne reviendrons qu’avec les artères modérément bouchées).

La Route 66 a été recouverte en grande partie par l’Interstate 40, (c’est un peu triste, ils ont construit par dessus, mais pas partout).
Manu prit un malin plaisir à me répéter qu’elle redevient Route 66 uniquement dans les villes et qu’elle est l’I40 sur les grosses portions. Ça s’est vérifié à Flagstaff, et là, à Williams.

Quand on rentre dans les villes, les panneaux I40 sont remplacés ou enrichit de panneaux « Historic route 66 ».
C’est donc le running gag du jour, Manu me répète en boucle « Figure-toi que la Route 66 n’existe que dans les villes…. », « Ah au fait, ils ont construit l’I40…. », « Savais-tu que la Route 66… » (Il a dû me le dire 23 fois hier et sensiblement pareil la veille), sauf que : c’est faux. HAHAHAHA ! Je farfouille mon appli de cartes et pour ne pas rester sur l’I40 avec les gros camions qui conduisent comme des scooters à Paris, on emprunte la parallèle, et d’un coup, c’est plus pittoresque, et c’est bien la 66. On est tout seul, on roule en ligne droite vers devant nous. On n’est pas dans une ville, l’I40 est au loin. Yeah.

 

Autour de nous, c’est très plat, des touffes d’herbe au milieu de grands champs, quand c’est plus vert, il y a des vaches et au loin des ranchs, et tout du long, dans le fond, des montagnes sombres. A un moment, une vache à l’envers, sur le dos, toute seule dans son champs, les pattes en l’air, raides comme des piquets. Cette image est restée imprimée. C’était vraiment triste. Par contre, pour celles qui marchent encore et font des trucs de vaches vivantes, elles ont du terrain, c’est formidable. On croise aussi un petit chien qui fait l’andouille sur la route, quelques petites agglomérations, en général composées de caravane en miettes, de motels abandonnés et d’un ou deux magasins de souvenirs Route 66. Ces magasins font aussi un peu musée, y’a des bouts d’histoire, de vieux véhicules, de bric à brac, c’est rigolo et un peu émouvant.

A un moment, j’ai quand même envie de faire pipi, on tombe sur un nouvel endroit de bord de route, qui ressemble en tout point aux magasins de souvenirs : une cabane avec faux cowboy en bois, des bouts de bagnole, une vieille pompe à essence HS, des trucs en bois sculptés, un banc dehors sur la terrasse en bois. Tout y est.
On rentre, pensant trouver les habituelles plaques d’immatriculation en métal avec des prénoms dessus (c’est un peu le bol breton du coin), et là, en fait, c’est un bar, avec des vrais gens, qui regardent un match de football américain, ambiance mal éclairée, hors du temps, il pourrait être 18h à l’apéro en pleine ville. Sauf que dehors, il fait 35 degrés, qu’il est 15H30 et que y’a rien autour à moins de 100 km de chaque côté.
Du coup, on prend une Bud à partager. (On était un peu pris de court, et on savait pas bien où se foutre ni quoi faire).
J’écoute la conversation près de moi au bar, il y est question de chasse, de sanglier qu’on vide, que mais non, y’a pas de parasites et que c’est bon à bouffer tout de suite. Huhu, ben ça alors.
Un monsieur à bonnes joues, la cinquantaine, nous demande d’où qu’on est. On raconte, il nous parle des coins qu’il aime bien, tout ça, on discute 5 minutes et on repart.
Je pense que Manu en a secrètement un peu marre de conduire aujourd’hui. Ce qui m’a mise sur la voie, c’est quand il a dit « J’en ai un peu marre de conduire. » On a donc limité les arrêts, histoire d’avancer au maximum.
Heureusement, on arrive presque. Petite tension de fin de parcours, l’essence clignote. Ah.
Je ne me réjouis que très modérément de devoir potentiellement raconter un nouvel aléa de voiture. Mais non, tout va bien, il reste 7,5 km avant la pompe à essence à l’entrée de Needles. La satation est ouverte, y’a le bon carburant. J’aime quand un plan se déroule sans accroc. Il fait de nouveau 39° par contre.

Le soleil s’est tranquillement couché, c’est donc sous une lumière de fin de journée que nous découvrons Needles. Pourtant, il n’était écrit nulle part que c’était une Ghost Town… C’est si vide… dépeuplé. Tout est fermé, à part les trois magasins d’alcool. On pige un peu pourquoi. Des tas de bâtiments abandonnés, et en plus, c’est assez aéré, les routes sont large, la désolation amplifié, et ce n’est pas très bien éclairé.
On trouve notre réjouissant motel. Une grande enseigne un peu passée indique River Valley Inn. Sur le chemin, j’étais toute contente d’annoncer à Manu une piscine.
Il y a une mini maison qui fait office d’accueil. Je rentre, personne. La porte ayant activé un carillon sonore, j’attends. Il y a une petite sonnette de comptoir, je sonne. J’aime bien pace que c’est comme dans un film. J’attends. Pourtant, derrière la porte de l’autre côté du comptoir, il y a la télé. Je re-sonne. Deux fois. Je n’aime pas, j’ai la sensation d’être impolie à souhait.

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8 minutes plus tard, un monsieur sort de là, me fait remplir un papier, me donne un prix, très différent de celui de Booking, Manu le fait remarquer, il gribouille son papier, corrige le montant, et est dans l’ensemble, modérément aimable. On doit lui faire louper son film, ou je ne sais quoi. En sortant, on voit sur le portail de la piscine ses horaires d’ouvertures. Elle n’est pas encore fermée, sauf que si, parce que par dessus, il y a bien un autre panneau avec écrit « Pool closed ». Et comme elle est vide, qu’il n’y a pas d’eau, ils ont bien fait de la fermer.
On va dans notre chambre, la 10, au bout du motel, en face de la Church of Christ. On entre : le four. Il fait 50 degrés. On allume la clim, ça ne se rafraichit pas vite vite. La salle de bain est un double four, on dirait que le carrelage est chauffant. J’allume le robinet pour me passer de l’eau froide sur le visage : l’eau est bouillante, mais du côté froid aussi. Huhu. C’est zinzin ce pays.
On a quand même un petit frigo, un micro onde, y’a de la moquette bleu sale par terre, un couvre lit plutôt laid, et ventilateur au dessus qui brasse l’air bouillant en se balançant légèrement. Je me demande quand il va se détacher et nous décapiter.
Avec Manu on se demande combien de tueurs en série ont dormi ici. Le décor est vraiment idéal.
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On sort manger dans le truc ouvert du coin. Déco typique, avec du bois et des crânes et des peaux de serpent à sonnettes. On prend un meatloaf avec de la purée, la serveuse voyant mon téléphone posé sur la table nous propose de nous prendre en photo. Huhu, c’est gentil. On pose en souriant bêtement (surtout moi). On mange, c’est pas mal, mais pas ouf non plus. Pourtant, Dieu sait que j’ai une passion pour la purée.

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On rentre dormir, je découvre la tâche, quelle excellente transition.
Il faut faire dodo maintenant.

 

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Ça charge mal, internet n’a de cesse de planter : pour voir plus d’images, c’est là :

Toutes les photos : https://chezsib.wordpress.com/2018/08/23/j-12-toutes-les-photos/